Un jeudi d’avril sur l’avenue du Mont-Royal avec son soleil de printemps. Quoi de mieux qu’une ballade qui nous mènera chez les nombreux re-vendeurs de musique installés sur l’artère commerciale !
J’ai bien écrit RE-vendeurs puisque sur l’Avenue du Mont-Royal, on peut vraiment appeler phénomène cette concentration de pourvoyeurs de musique de tous genres dont les mots clés sont : Achat – Vente – Échange. Que les Archambault et HMV se le disent : sur le Plateau, c’est la musique dite « usagée » qui prévaut, le terme usagé s’appliquant bien sûr aux supports des Å“uvres musicales.
Le Fox Troc
Premier arrêt : le Fox Troc (819 sur l’Avenue). C’est en 1991 qu’Alain Prud’homme et ses deux frères, émanant du célèbre Spectrum, mettent sur pied leur boîte d’échanges qui se spécialisera dans le rock, le pop et le francophone. Pour expliquer le phénomène de cette concentration sur l’Avenue, Alain me donnera l’exemple du triumvirat Simpsons – Eaton – La Baie qui étaient voisins sur la Catherine : une sorte d’accumulation attirante offrant ainsi un plus grand choix. L’avènement d’Internet et de la musique en ligne a certes frappé le secteur (chez les CDS neufs encore plus, souligne-t-il), mais il sent un retour depuis deux ans, avec la baisse de prix des nouveaux albums de musique. Qui plus est, la vente et l’échange de films sur DVDs usagés (en compétition avec les boîtes de location vidéos) est venue à la rescousse pour adoucir les finances du Fox Troc.
L’Échange
Deuxième arrêt chez un pionnier : L’Échange (713 sur l’Avenue). Fondé en 1976 par Yves Charbonneau et Anne Methe, le commerce quittait la rue Saint-Denis pour l’Avenue du Mont-Royal. Denis Turp qui y travaille depuis presque vingt ans explique simplement la concentration musicale sur l’Avenue par la vitalité du quartier, sa qualité de vie, les artistes nombreux et le renouvellement de la clientèle. Pas de spécialité musicale notée à l’Échange qui, par la superficie supérieure consacrée aux livres, semble leur accorder davantage son attention.
Le Marché du disque
Troisième arrêt : le Marché du Disque (793 sur l’Avenue). Ici on voit grand avec quatre autres points de vente (Beloeil, St-Hyacinthe, Pincourt et Châteauguay). Il faut dire que le propriétaire Denis Pantis nage dans la musique depuis belle lurette, ayant été LE producteur en vogue des années YéYé au Québec à la fin des années 1960. Pierre Lalonde, César et ses Romains, les Houlops, Jenny Rock et Aglaé, ça vous dit quelque chose ? De par ses racines, Denis Pantis a forcément développé l’acquisition des 33 Tours usagés (vinyles) qui, au sous-sol, remplissent complètement l’espace de vente. Karine Leblanc, qui gérait la place lors de notre passage, me parlait des acheteurs spécialisés de l’équipe de travail : une pour les CDs, un autre pour les DVDs, un autre pour les vinyles, etc. Devant l’évidence de l’avènement du mp3, Karine Leblanc soulève un point intéressant : bien des gens aiment « voir » leurs tablettes remplies avec des boîtiers de musique à la maison et « … le mp3 dans un char, c’est pas fort ! ».
Nouveau Sound Central
J’ai poursuivi ma ballade jusqu’à la rue Coloniale (au 4486 pour être précis), dans cette nouvelle section de l’Avenue récemment adhérée à la SDAMR. Presque sur le coin de l’Avenue, je suis entré au Nouveau Sound Central, pour un dépaysement total et un retour dans le temps. Un choc ! Les plus vieux d’entre vous se rappelleront de l’Alternatif rue Saint-Denis ou de Sam The Recordman et Fantasmagoria chez nos amis anglos à l’époque bénie de la musique (1967-1980). L’atmosphère décorative est vraiment recréée au New Sound Central, clin d’œil de Shawn Ellingham, un fort sympathique montréalais de naissance qui offre une palette underground (heavy metal, hardcore, punk, hip hop, techno) avec les musiques du monde (salsa, reggae) et le rock ancien francophone (Harmonium, Octobre et autres souvenirs). Shawn Ellingham aime bien le regroupement des commerces de « muze » comme il dit. C’est comme les restaurants : la multiplication des bonnes tables donne le choix et attire la clientèle, d’autant plus que Montréal berce un nombre incroyable de véritables maniaques ou amants de la musique. D’autant plus (bis) qu’avec sa cafetière, Shawn Ellingham distribue gratuitement les boissons chaudes pour appuyer les discussions, les souvenirs (de son père entre autres, son véritable initiateur) et les rencontres agréables autour de ce thème magique : la musique.
33 Tours
Retour vers l’Est pour un arrêt chez 33 Tours (1379 sur l’Avenue), la boîte de Pierre Markotanyos chez qui la spécialité, vous l’aurez devinée, a pour nom le vinyle. Bien sûr les CDs y sont présents, mais l’insistance du proprio et ses efforts depuis l’ouverture en 2007, ont fait passer les ventes de 50/50 qu’elles étaient à 80/20 en faveur du vinyle, ce qui s’avère un exploit. On comprendra aussi que 33 Tours se veut moins affecté par la diminution des ventes que ses collègues compétiteurs sur l’Avenue en raison de cette particularité. Concernant le regroupement sur l’Avenue, Pierre Markotanyos y voit une ressemblance certaine avec une vieille technique mise au point par la faune commerçante juive de New-York durant l’après-guerre : augmenter le choix en rassemblant les compétiteurs. Je n’ai pu quitter l’endroit sans que le proprio me revienne sur l’évidente supériorité de la qualité sonore du vinyle qui met le CD dans sa petite poche arrière …
FreeSon
Un dernier stop au FreeSon (1477 sur l’Avenue) que Marc Lemieux ouvrait en 1988. Aujourd’hui spécialisé en Métal et Progressif, le FreeSon ne compte presque plus sur l’usagé, n’y voyant aucun avenir selon André Tremblay qui y œuvre depuis fort longtemps.
Il me faut terminer la narration de cette ballade par le souvenir des Anges Vagabonds qu’animait Michèle Méthot en face du parc des Compagnons. Cette véritable passionnée de la production locale dans la musique émergente m’avait impressionné par sa fougue et son dévouement pour les artistes « marginaux » d’ici. Elle était vraiment belle à voir aller la Michèle. La spéculation vertigineuse l’a évincée de l’Avenue il y a quelques années, au grand dam de tous et toutes.
Texte et photos : Michel Danis.








